Photo 4Un article récent dans Le Devoir présente un constat plutôt sombre de la situation du patrimoine au Québec tout en occultant un enjeu des plus importants : la participation citoyenne qui amène des gens à se mobiliser pour sa pérennité[1].

Bref historique

Dans la sphère du patrimoine, la mobilisation citoyenne apparait au XIXe siècle lorsque Lord Dufferin convainc les autorités de préserver les fortifications et le cachet anciens de la ville de Québec en 1875. À Montréal, des notables mobilisent les journaux pour contester l’expropriation de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours en 1882. Dix ans plus tard, la Société d’archéologie et de numismatique pose des plaques d’information sur des bâtiments du Vieux-Montréal. Ces gestes et d’autres amènent le gouvernement du Québec à adopter une loi inaugurale sur le patrimoine et à créer la Commission des monuments historiques en 1922.

Les enjeux du patrimoine

Le principal, même l’unique enjeu du patrimoine demeure sa pérennité. L’annonce de la vente de certains bâtiments, d’un projet d’urbanisme et d’autres fait réagir les citoyens s’ils perçoivent un danger imminent pour un bien même si, au préalable, ils étaient plutôt indifférents[2]. Ainsi, la mise en vente de l’église paroissiale fait remonter à la surface des liens affectifs : le mariage, puis le baptême des enfants, le plaisir de chanter dans la chorale. Souvent, c’est à ce moment-là que les gens se mobilisent.

Au Québec, sur le plan juridique, le ministère Culture et Communications (MCC) applique la Loi sur le patrimoine culturel. Les biens patrimoniaux comprennent les immeubles, les sites, les documents et les artéfacts. Selon la législation, un bien peut être classé s’il présente une valeur d’intérêt public. Depuis 1985, les municipalités et les communautés autochtones peuvent citer des biens sur leur territoire qui présentent un intérêt local. La loi a été revue en 2011. Des personnages décédés, des lieux et des événements historiques ainsi que des patrimoines immatériels peuvent dorénavant être désignés[3].

Dispositifs favorisant la participation citoyenne

Photo 3Le patrimoine dispose de plusieurs outils qui soutiennent la participation citoyenne. Dans les municipalités, les gens peuvent intervenir lors des séances du Conseil; dans des consultations et des débats publics et en siégeant sur des comités dédiés au patrimoine.

Les municipalités peuvent former des conseils et des comités consultatifs sur le patrimoine d’au moins trois personnes, dont un élu. Leurs moyens d’action et leurs membres varient d’une autorité à l’autre. Les comités dont le rôle est d’émettre des avis, de faire des recommandations et de conseiller les élus réunissent souvent des experts dans leur domaine[4]. Les élus demeurent tout de même l’instance finale. Des comités sont aussi mandatés pour répondre à des besoins spécifiques du patrimoine.

Les comités organisent des consultations publiques. Selon le cas, des mémoires sont déposées et des personnes expriment leur point de vue en public. Un rapport est généralement produit ainsi qu’une recommandation. Les élus rendent ensuite une décision. Des consultations se tiennent aussi lorsque des décisions importantes pour la localité sont à prendre tel que l’achat, la vente ou le démantèlement d’un bien et d’autres. Lors de la rencontre, on y présente le projet, les points de vue, les enjeux et les propositions. Une période de questions s’ensuit et les participants prennent une décision.

Les principaux acteurs

Les propriétaires d’un bien patrimonial et les municipalités demeurent les principaux acteurs du patrimoine. Ces dernières possèdent, financent, gèrent des biens patrimoniaux et elles rendent des comptes à la population. Elles sont aux prises avec des choix parfois difficiles où elles doivent défendre leur position. D’autres acteurs tels que les sociétés d’histoire ou les établissements voués au patrimoine se mobilisent lorsqu’un bien patrimonial est menacé.

La mobilisation citoyenne sur le terrain

Photo 2De nombreuses décisions sur le patrimoine sont prises dans l’indifférence pour plusieurs raisons notamment parce que le bien est protégé par la loi ou parce que la majorité, et les élus ont une vision commune de son importance. Il arrive aussi qu’un bien n’interpelle plus la localité parce qu’elle ne connait pas son histoire ni son importance patrimoniale ou parce que le projet envisagé répond à un besoin pressant de la communauté.

Souvent créée dans l’urgence, une mobilisation citoyenne se constitue néanmoins pour de multiples raisons. Les quelques exemples qui suivent donnent un aperçu des différentes facettes de la participation citoyenne et renvoient à des billets plus élaborés.

À Québec, la congrégation des Augustines est un modèle de mobilisation exceptionnelle initié par les propriétaires d’un riche patrimoine qu’elles décident de léguer à la population. À la fin des années 1980, les religieuses constatent leur déclin et commencent à préparer leur testament culturel. Sept comités réunissant une soixantaine de personnes provenant de milieux divers se forment pour réfléchir au projet…  Lire le billet

À Thetford Mines, le cas de la Mine King montre une détermination sans faille des élus pour trouver une nouvelle vocation à leur région en déclin. À la fin des activités minières de la localité en 2012, la ville se retrouve avec des marques dominantes d’une industrie de l’amiante honnie. On décide d’exploiter les installations à des fins touristiques…  Lire le billet

En Montérégie, la préservation de la maison des Frères Page résulte d’une collaboration entre la société locale et les élus. À Candiac, le nouveau propriétaire d’une maison ancienne demande un permis de démolition. Rapidement, la société historique locale et d’autres personnes s’opposent à sa destruction. Au Conseil municipal, des élus souhaitent aussi sa préservation…  Lire le billet

Photo 1À Montréal, le Griffintown Horse Palace illustre le cas improbable d’une écurie urbaine entre des tours à condos. En 2007, un promoteur immobilier veut raser le quartier pour construire des condos. Au cœur des lieux, le Horse Palace est l’une des dernières écuries urbaines à Montréal. Les citoyens du quartier se mobilisent. Une fondation est créée pour acheter les terrains et mettre en valeur les lieux, les élus s’en mêlent, le promoteur vient bien collaborer… Lire le billet

À Sainte-Agathe-des-Monts, le cas du Pavillon Jacques-Duquette  montre ce qui peut arriver lorsqu’un groupe de citoyens prend son patrimoine en main. En 2013, l’ancien sanatorium centenaire est aux prises avec un problème de contamination. Les autorités songent à le démolir. Le comité du patrimoine de Sainte-Agathe se mobilise… Lire le billet

À Saint-Lambert, l’aréna Eric-Sharp crée une polémique lorsque les élus optent pour son démantèlement. Plusieurs citoyens s’y opposent. Une pétition est déposée, d’autres consultations sont tenues… Lire le billet

Si la mobilisation citoyenne est un outil incontournable de la conservation du patrimoine, il arrive parfois qu’elle laisse la population de glace ou qu’elle se radicalise au détriment du patrimoine. De plus, lorsqu’une mobilisation se crée dans l’urgence, souvent, il est déjà trop tard.  Ces aspects de la mobilisation feront l’objet d’un autre billet.

Images

Initiative citoyenne pour la conservation d’une croix de chemin en Montérégie.
Collection privée, Robert Bourgeois, 2013.

À Thetford Mines, les structures imposantes des mines d’amiante dominent la ville.
Centre d’archives de la région de Thetford – Fonds Jacques Fugère, vers 1960.

Cours d’anatomie à l’École des infirmières de Chicoutimi en 1957 (détail).
Archives du monastère de l’Hôtel-Dieu de Chicoutimi

Un élu intervient en faveur du Horse Palace devant les médias.
Fondation Horse Palace de Griffintown, 2013 (Michel G. Langlois).


[1] Pierre André et coll. (2012). « Participation citoyenne », dans L. Côté et J.-F. Savard (dir.), Le Dictionnaire encyclopédique de l’administration publique.

[2] Serge Tisseron, Comment l’esprit vient aux objets, Paris, Aubier, 1999, p. 10.

[3] Pour plus de détail :  À propos de la loi sur le patrimoine culturel, Gouvernement du Québec, Québec, 2013 et  La loi sur le patrimoine culturel. Guide pratique destiné aux municipalités, Gouvernement du Québec, Québec, 2012.

[4] Ces personnes sont impliquées dans les institutions publiques, les sociétés d’histoire locale, les centres d’archives, les conseils des arts et d’autres.

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