Près de 3 000 croix de chemin balisent les routes du Québec. Toujours situées en bordure du chemin, ces croix se trouvent aux intersections, à l’entrée des municipalités, à proximité des champs de culture ou d’une résidence. Jusqu’au tournant du XXe siècle, elles sont en bois et leur longévité est d’environ vingt ans. Colorées, sobres, pimpantes et quelquefois un peu fatiguées, elles composent un héritage remarquable et fragile pour les Québécois.

Croix de chemin traditionnelle. Photo : Henri Giroux, 2008

Croix de chemin traditionnelle (Henri Giroux, 2008)

Typologie des croix

Les croix de chemin se présentent selon trois genres. La croix simple est dépouillée ou peut être légèrement ornée. Plus élaborée, la croix aux instruments de la Passion porte des objets représentatifs des souffrances du Christ, de son arrestation à sa mort. Parmi ces artéfacts, la hampe soutient une lance, une éponge au bout d’un bâton et une échelle tandis que des clous, un marteau et des tenailles sont sur la traverse. Une couronne d’épines se trouve à la croisée et un coq au sommet. Au XIXe siècle, les nouvelles dévotions aux saints entrainent la disposition de niches sur les croix qui abritent la statuette d’un saint, dont la plus populaire est la Vierge Marie. Le calvaire est une croix prestigieuse qui porte un christ.

Guide touristique en 1935

Guide touristique en 1935

Au début du XXe siècle, elles entrent timidement dans la sphère laïque lorsque des croix sont illustrées dans des guides touristiques à l’intention des touristes anglophones. En 1922, Édouard-Zotique Massicotte recense 250 croix de chemin. Il constate que certaines croix demeurent traditionnelles par leur fonction religieuse tandis que d’autres ont acquis une valeur historique par leur ancienneté ou leur association à des événements tels que les Rébellions de 1837. Selon lui, les croix historiques doivent être préservées, car elles font partie du patrimoine. En 1962, le calvaire de Varennes devient la première croix de chemin classée au Québec.

Un patrimoine dynamique

Calvaire de Saint-Bernard-de-Michaudville. Photo : Monique Bellemarre, 2010

Calvaire de Saint-Bernard-de-Michaudville (Monique Bellemarre, 2010)

La croix de chemin s’adapte étonnamment bien aux changements. De fait, dès le tournant du XXe siècle, le bois est remplacé par des matériaux durables qui sont apparus dans le domaine de la construction. Ainsi, de nouvelles croix en fer, en ciment ou en poussière de pierre s’ajoutent au corpus. Pouvant dorénavant être commandés, les christs en bronze ou en aluminium accélèrent l’élévation de calvaires. Au début, les concepteurs se contentent de reproduire les formes traditionnelles. Toutefois, avec le renouvellement de l’art religieux, les croix de chemin se détachent de leurs aspects usuels en s’adaptant aux matières. Des croix, dont celle de Saint-Bernard-de-Michaudville, deviennent ainsi vraiment originales tout en retenant l’essentiel de leur caractère religieux.

Les pratiques s’adaptent aux nouvelles réalités. Plusieurs organismes élèvent des croix à l’occasion d’un anniversaire de fondation. Les instigateurs souhaitent alors rendre hommage à leurs fondateurs. Ils veulent que les objets symboliques accompagnant la croix reflètent leur histoire. Dans bien des cas, cette nouvelle perception du rôle des croix de chemin revitalise en profondeur leur iconographie. Installée à une croisée de chemin, une croix à Saint-Basile-de-Portneuf représente bien cette idée. Commandée en 1997 par la Société d’histoire de Saint-Basile-de-Portneuf, elle rend hommage aux fondateurs. L’iconographie originale représente la foi des ancêtres (croix), l’origine irlandaise (trèfle) et canadienne-française (fleur de lys) des bâtisseurs, la ruralité du lieu (blé) et ses technologies (roue dentelée).

Croix de Saint-Basile-de-Portneuf. Photo : Micheline Harvey, 2014

Croix de Saint-Basile-de-Portneuf. (Micheline Harvey, 2014)

Ailleurs, des gens partagent avec les autres des événements personnels. Ainsi, des croix portent dorénavant des dates d’anniversaire de mariage ou de naissance; en 2002, des participants aux Journées mondiales de la jeunesse à Toronto ont dressé une croix pour signaler leur présence à l’événement.

Un patrimoine relativement bien protégé

La conservation de ces artéfacts est des plus délicates sur plusieurs aspects. Tout d’abord, ce patrimoine in situ est soumis au climat extrême du Québec. Son entretien demeure constant et parfois onéreux. De plus, la protection institutionnelle est difficile puisque la plupart des croix appartiennent à un propriétaire unique. Souvent, le manque de ressources et d’autres priorités ont préséance sur ce bien modeste. Heureusement, la majorité des intervenants locaux s’entendent sur l’importance de préserver cet héritage et plusieurs mettent en place des programmes de mise en valeur.

Je remercie Monique Bellemarre pour ses photographies puisées dans son site Les croix de chemin au Québec   Billet extrait de l’article « Croix de repère », Magazine Continuité, no 146, automne 2015, p. 36-39.

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