Monument aux morts, Verdun (2015).  L'allégorie est une représentation des mères patries.

Monument aux morts, Verdun (2015).

Depuis quelques jours, des personnes portent un coquelicot rouge, signe d’une commémoration à venir le 11 novembre prochain. De fait, ce jour-là, la nation se recueille afin d’honorer la mémoire des Canadiens ayant perdu la vie pendant les conflits armés et les missions de paix. Cet événement, qui voit le jour suivant la Première Guerre mondiale, mène à l’élaboration de pratiques et à l’érection de monuments ayant acquis depuis des valeurs patrimoniales.

Le jour du Souvenir

Le premier jour du Souvenir est célébré en 1919 en Europe et dans le Commonwealth. On veut alors commémorer la fin de la Première Guerre mondiale – le jour de l’Armistice. En visite à Montréal, le prince de Galles préside la cérémonie devant un cénotaphe improvisé dans le Square Dominion (Place du Canada).

En 1921, le parlement canadien adopte la Loi du jour de l’Armistice. On veut que des cérémonies commémoratives soient organisées le premier lundi de la semaine du 11 novembre. La majorité des agglomérations souligne la journée sans manifestation publique.

Le jour de l’Armistice devient celui du Souvenir en 1931. Désormais, l’accent est mis sur le courage et le sacrifice des combattants plutôt que sur des événements politiques. Une pratique s’instaure : la cérémonie se tient le 11 novembre à 11 h devant un monument dédié à la mémoire des soldats décédés. Elle comprend deux minutes de silence, une interprétation de La dernière sonnerie et la récitation du poème Au champ d’honneur. L’assistance porte un coquelicot. Souvent, des couronnes de fleurs sont déposées.

Monuments saluant l’héroïsme des soldats

Après la guerre, un comité se concentre sur la problématique de l’inhumation des milliers de soldats enterrés provisoirement en Europe. Le comité décide que les corps resteront sur place, ensemble au champ d’honneur.

Cénotaphe, place du Canada, Montréal (2007)Le 11 novembre 1924 à 11 heures, fiacres, voitures, tramways, trains, usines, bureaux, passants… – s’immobilisent deux minutes. Dans la foule, des soldats portant l’uniforme belge, anglais et italien. 

 

Cette décision a eu un impact important au Canada où chaque collectivité est touchée par la perte d’un père, d’un frère, d’un camarade, d’un collègue… Au début des années 1920, des monuments aux Braves sont élevés dans les villes et villages du Québec et d’un océan à l’autre. Apparaissent également les cénotaphes – un tombeau sans le corps – qui figurent parmi les premiers monuments à rappeler le souvenir de soldats contemporains morts au combat.

Le coquelicot – symbole des morts

La graine du coquelicot demeure en dormance jusqu’à l’apparition des conditions nécessaires à sa croissance. Pour pousser, la fleur a besoin de la chaux qui se dégage d’un sol calcaire lorsqu’il est retourné. Lors des guerres napoléoniennes, on remarque que l’enterrement des morts favorise l’éclosion du coquelicot; une fleur rouge sang. Pendant la Première Guerre mondiale, dans les Flandres, les bombardements dégagent la chaux des sols qui fait apparaitre le coquelicot. En 1915, John McCrae, un médecin militaire au front, remarque que des coquelicots poussent entre les sépultures de soldats. Cette image l’inspire pour la rédaction du poème Au champ d’honneur. Ce poème, le plus connu pendant le conflit et traduit dans plusieurs langues, mène à l’adoption du coquelicot comme fleur du souvenir des morts.

En 1918, une Américaine décide de porter un coquelicot à la mémoire des soldats. La pratique se répand en France dès 1920. L’année suivante, des coquelicots sont distribués au Canada. Il se porte, selon certains, le 11 novembre, selon d’autres, la semaine précédant la cérémonie ou pendant tout le mois de novembre; toujours à gauche.

En 2004, la Monnaie royale présente la première pièce de monnaie de circulation colorée au monde. Commémorant le jour du Souvenir, le 25 cents montre un coquelicot rouge vif.

L’appropriation collective d’un patrimoine

Le jour du Souvenir incarne à la fois un patrimoine immatériel avec la pratique du cérémonial et le port du coquelicot ainsi que matériel avec les monuments aux Braves.

Les événements découlant du conflit armé se sont d’abord inscrits dans la mémoire collective selon une vision saluant le sacrifice des soldats; des pratiques et des monuments cautionnement cette vision. Cependant, des groupes exclus de la mémoire s’imposent et façonnent à leur tour le patrimoine. Ainsi, dès 1926, les infirmières militaires érigent leur monument et tiennent le jour du Souvenir un cérémonial identique à celui des combattants. Depuis 1936, une femme participe au cérémonial militaire en tant que représente de toutes les mères ayant perdu un fils à la guerre. Les membres de la marine marchande et les combattants autochtones devront militer pendant de nombreuses années avant d’être reconnus vétérans. Sur les monuments aux Braves, les dates d’autres conflits sont ajoutées.

Un phénomène changeant

Entre les années 1970 et 2000, le jour du Souvenir est de moins en moins mentionné dans les médias. Souvent, seuls les vétérans et leur famille immédiate participent aux cérémonies. La jeune génération n’est pas touchée par ces guerres anciennes. La population cesse de porter le coquelicot ou le fait si peu.

Toutefois, la participation du Canada à des conflits récents tels que la guerre du Golfe, l’Afghanistan, l’Irak… crée une nouvelle sensibilité parmi la population et la jeune génération, dont plusieurs portent dorénavant le coquelicot. Mieux informés des enjeux de la guerre et parfois même témoin oculaire par les médias, des groupes militent pour que toutes les victimes de la guerre – militaires et civiles, soient honorées. Les biens patrimoniaux, matériel et immatériel, associés au jour du Souvenir jouent ainsi pleinement leur rôle de référence.

En 1918, l’Armistice est souligné par un défilé des soldats du Royal Montreal Regiment.  Photo : Canada Wide

En 1918, l’Armistice est soulignée par un défilé des soldats du
Royal Montreal Regiment.
Photo : Canada Wide

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