Veillée d'autrefois Edmond-Joseph Massicotte, 1915

Veillée d’autrefois
Edmond-Joseph Massicotte, 1915

Le 21 mars dernier, la ministre de la Culture et des Communications a procédé à la désignation de la veillée de danse traditionnelle comme un élément du patrimoine immatériel des Québécois. La veillée est un divertissement qui relève à la fois du domaine des expressions artistiques et de celui des pratiques sociales. L’activité est participative lorsque danseurs expérimentés et néophytes se regroupent dans un esprit communautaire et une ambiance amicale. Regard sur ce patrimoine des plus dynamiques.

La veillée de danse

La veillée de danse est un rassemblement festif basé sur la pratique collective de danses. Elle est habituellement menée par un calleur qui indique aux danseurs les figures à exécuter. Au Québec, les cinq danses principales sont le cotillon, le quadrille, la contredanse, le set carré et la gigue. Déjà en Nouvelle-France, cette pratique sert à divertir. Avec le temps, la veillée demeure un lieu d’expression artistique, un espace de socialisation et un temps d’amusement en groupe. Marquée d’emprunts et de métissages culturels, elle se renouvelle tout en conservant ses fonctions d’origine.

Le calleur

Une cinquantaine de calleurs au Québec assurent la pérennité de la pratique soit celle de diriger les danseurs dans les soirées de danse traditionnelle. Le calleur apparait au début des années 1900 lorsque des Canadiens français, partis travailler aux États-Unis, ramènent avec eux de nouvelles danses, dont le set carré.

Histoire de sa transmission

L’idée de montrer et de transmettre ce patrimoine n’est pas nouvelle. En 1919, Édouard-Zotique Massicotte et Marius Barbeau recueillent auprès d’informateurs âgés des mouvements de danses anciennes. Ils organisent une soirée où des chorégraphies qualifiées d’authentiques sont présentées. À Montréal, des cours seront également offerts au Monuments-National afin que les jeunes puissent apprendre ces mouvements.

Concurremment, d’autres personnes offrent des soirées de qualité similaire ou produisent des spectacles inspirés du folklore. Peu à peu, ce genre de prestation disparait bien que des veillées demeurent offertes ici et là. Depuis, une quinzaine d’années, le spectacle a cédé sa place à la pratique et les veillées de danses traditionnelles sont courues, surtout pendant le temps des Fêtes.

En Nouvelle-Acadie, dans la région de Lanaudière, l’organisme Les Petits Pas Jacadiens organise depuis 40 ans des activités favorisant la transmission de la pratique. Au gré des saisons et des événements, il prépare des sessions ciblées notamment pour les adolescents pendant la relâche scolaire. L’année dernière, l’organisme a lancé un concours auprès des familles en les invitant à se réapproprier la pratique de la danse traditionnelle. Les Petits Pas voulait aussi instaurer un partage entre les générations. En tout, huit familles furent sélectionnées selon des critères liés à l’intérêt de la famille et des jeunes à poursuivre ou à s’approprier la pratique, la participation des différentes générations à la veillée et la mobilisation de la famille dans le concours. Dans l’ensemble, l’activité fut un grand succès et le mélange des générations a bien fonctionné. Des participants ont expérimenté des sets carrés provenant de leur propre famille, les plus âgés veulent partager leurs souvenirs tandis que les plus jeunes souhaitent en apprendre davantage sur la tradition. Des formations sont aussi offertes pour apprendre le métier de calleur.

Les sources

Carnaval de Sainte-Agathe Photo : J.M.A. Ratelle, 1955 BAnQ (E6,S7,SS1,D204641 À 204688)

Carnaval de Sainte-Agathe
Photo : J.M.A. Ratelle, 1955
BAnQ (E6,S7,SS1,D204641 À 204688)

Dans le milieu de la diffusion, les calleurs et les interprètes de musiques traditionnelles conviennent du besoin de poursuivre des recherches, de trouver de nouveaux morceaux à présenter. Pour se faire, ils visitent les archives de l’Université Laval et consultent les plus vieux, témoins de pratiques anciennes. Certains séjournent en France ou en Angleterre pour mieux comprendre l’origine de certains mouvements et musiques.

Le patrimoine immatériel

Pour être reconnu, le patrimoine immatériel doit être une pratique, une expression ou un savoir-faire transmis par des porteurs de tradition. La veillée de danse traditionnelle fait appel à une combinaison de porteurs. Du côté de la prestation : le calleur dirige les mouvements tandis que les musiciens rythment les pas. Enfin, les danses se font en groupe et interpellent toutes les générations. C’est un moment joyeux ou amateurs et connaisseurs s’y retrouvent pour le plaisir de bouger à des rythmes aussi anciens que le pays.

3 réponses à La veillée de danse traditionnelle :

nouvelle désignation au patrimoine québécois

  • J’adore ces danses où on s’émoustille, malheureusement, elles se font beaucoup trop rares. J’ignorais tout à fait que c’était après leur séjour aux États-Unis que nos ancêtres ont appris ces danses. De plus, je croyais que c’était beaucoup plus tôt. Merci pour cette belle leçon du passé!

  • Jeanne Gagnon dit :

    Le patrimoine immatériel que représente la veillée de danse traditionnelle ne saurait traverser le temps de la mémoire si on ne fait pas d’efforts pour CRÉER différents événements intégrateurs de cette musique, mais aussi en inventant un FESTIVAL de la musique traditionnelle qui mettrait en compte le rassemblement du parterre par la musique. Dans les faits, on y travaillerait le rapport à l’autre par la musique tout en travaillant sur la mémoire du patrimoine immatériel. J’ai mémoire de cette musique en moi.

    • Diane Joly dit :

      Vous avez bien raison. Pour la diffusion et la transmission de ce patrimoine, il faut saluer le travail de l’organisme Les petits pas Jacadiens dans la région de Lanaudière qui, depuis 40 ans, enseigne et offre des spectacles à caractère éducatif.

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