Le gouvernement canadien a adopté la Loi sur la protection des phares patrimoniaux (LPPP). La législation, en vigueur depuis mai 2010, est conçue pour protéger des phares appartenant au gouvernement fédéral et ayant une importance patrimoniale. Cependant, cet engagement envers le patrimoine repose entièrement sur la localité où se trouvent érigés les bâtiments. Quelle valeur doit-on accorder à une loi qui n’a aucune mesure coercitive?

Les phares du Saint-Laurent

Phare à cap-des-Rosiers Site internet Parce que la vie c'est du bonbon, s.d.

À Cap-des-Rosiers, 1858
Site internet Parce que la vie c’est du bonbon, s.d.

Les premiers phares bordant le fleuve Saint-Laurent apparaissent au XIXe siècle. Parmi les plus anciens figurent ceux de Cap-des-Rosiers (1858), de Pointe-au-Père (1859) et de Cap-Chat (1871). Aujourd’hui, les capitaines n’ont plus besoin de ces balises puisqu’ils dirigent leur navire à l’aide de satellites.

Au Québec, treize phares sont cités par des municipalités et un seul est classé par le ministère de la Culture et des Communications. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada a également désigné 24 phares québécois comme édifice ou lieu patrimonial.

Le projet des phares patrimoniaux

Le gouvernement fédéral compte se délester de 43 phares québécois qu’il juge excédentaires. La nouvelle loi facilite la vente et le transfert de ces biens obsolètes à d’autres paliers de gouvernement, à des organismes communautaires ou à des particuliers.

Parmi le corpus de bâtiments mis en vente, plusieurs peuvent être désignés lieu patrimonial sous certaines conditions : le bâtiment doit satisfaire aux critères de sélection et l’acheteur doit s’engager par écrit à protéger son caractère patrimonial. Les décisions s’appuient sur les critères et les recommandations de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Une fois désignés, la Loi exige que les phares soient entretenus dans une mesure raisonnable et que toute modification soit conforme aux normes nationales et internationales de conservation des biens patrimoniaux.

Le terrain

Sur le terrain, les acteurs sont dynamiques. En 2001, une vingtaine d’organismes se sont unis afin de protéger et de mettre en valeur les phares du Québec. Ils offrent en ligne la Route des phares. L’observatoire global du Saint-Laurent regroupe des organismes et des experts touchant différentes facettes du Saint-Laurent. Leur carte interactive permet entre autre de repérer les phares.

Enfin, à la suite de l’appel du gouvernement fédéral, 24 des 43 phares de l’estuaire et du golfe Saint-Laurent ont trouvé preneur. À ce jour, une douzaine de plans d’affaires ont été soumis et la plupart visent à développer le tourisme.

Des critiques pertinentes

Phare de pointe-au-père (Bas Saint-Laurent).  Photo : Serge Guay, s.d.

À Pointe-au-Père, 1859
Photo : Serge Guay, s.d.

L’idée d’impliquer les groupes locaux peut être bénéfique en favorisant l’appropriation des lieux par les résidents et même développer une nouvelle sensibilité à l’importance de conserver l’intégrité de bâtiments patrimoniaux. Toutefois, la nouvelle loi n’assure pas la conservation ni la protection des phares puisqu’elle ne contient pas de mesures contraignantes. En fait, la législation permet au gouvernement fédéral de se désengager de ses responsabilités à l’égard du patrimoine alors que le poids financier de l’entretien et de la protection du phare repose entièrement sur la localité.  Ainsi, si un acheteur décide dans quelques années d’abandonner le phare, celui-ci ne jouit d’aucune protection légale malgré sa désignation.

Plus encore, la protection d’un phare actuellement désigné comme lieu patrimonial devient caduque s’il se retrouve parmi les phares excédentaires. C’était le cas du phare de Cap-des-Rosiers qui, heureusement, vient d’être acheté. Selon Héritage Canada, il s’agissait de l’un des dix sites « les plus menacés au Canada ».

La LPPP met en lumière un glissement important et pervers des principes de protection de biens patrimoniaux. Le gouvernement fédéral n’agit plus en bon père de famille, ni en gardien de l’héritage culturel des Canadiens. Même, la démarche favorise une appropriation strictement économique alors que l’objet devrait d’abord être convenu comme un don reçu des ancêtres. La loi se rapproche de l’outil marketing, du label patrimonial sans réellement garantir une diffusion rigoureuse de la valeur patrimoniale du bien. Celui-ci pourrait être abandonné s’il ne répond pas aux objectifs économiques.

En fin de compte, une fois devenu objet de commerce, le phare n’est plus approprié par le public de proximité. Ce dernier ne sent plus le besoin de le protéger et d’assurer sa pérennité. C’est sous aspect que réside le réel danger pour les phares patrimoniaux.

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