MISE À JOUR

Le MCC refuse de protéger la Maison Redpath car elle ne présente pas un intérêt patrimonial suffisamment important pour justifier son classement. La démolition du bâtiment se poursuivra donc.

Source : Journal de Montréal

Source : Journal de Montréal

Patrimoine historique

Récemment, un permis a été accordé pour le démantèlement de la maison Redpath située sur une pente du mont Royal. Cette décision met fin à un long feuilleton où les acteurs impliqués n’ont pas toujours le beau rôle. À quel moment doit-on envisager un projet de sauvegarde?

La maison Redpath

La maison Redpath est une résidence bourgeoise construite en 1886 par les descendants de John Redpath, un riche industriel qui a financé la construction du canal Lachine et fondé une raffinerie de sucre. L’édifice est occupé jusqu’en 1929. Laissé vacant entre 1929 et 1969. Puis, utilisé par l’Hôpital Royal Victoria jusqu’en 1986.

Le bâtiment s’inscrit dans son époque alors que le style Queen Ann apparait au Canada. Ses briques rouges, ses ardoises, ses nombreux pignons et sa cheminée sont typiques de ce style. La résidence est l’un des rares exemples encore existants à Montréal. L’édifice ne possède aucun statut légal de protection. Il est situé dans le Mille carré doré, ancien quartier mythique de la bourgeoisie anglophone.

Les années 1980

En 1986, l’édifice est vendu. Le propriétaire procède illégalement à sa démolition. L’intérieur est dégarni et une grande partie de la section arrière est démolie avant que les travaux soient arrêtés par la Ville. Une entente entre les deux parties prévoit l’intégration du bâtiment dans un édifice à condo sur cinq étages. Toutefois, Héritage Montréal et Sauvons Montréal obtiennent une injonction. La partie avant de la maison est donc conservée, mais, laissée à l’abandon.

L’année suivante, la Ville autorise un plan d’ensemble où ce qui reste de la maison serait intégré. Toutefois, le règlement est révoqué, en 1995, à la suite d’une consultation publique et des activités de mobilisation d’Héritage Montréal. L’édifice demeure à la merci des éléments.

Les années 2000

Le propriétaire présente un nouveau projet en 2001. La démolition est autorisée par le comité exécutif de la Ville. Héritage Montréal s’oppose devant la Commission d’arbitrage de la Ville. La décision est infirmée l’année suivante. Le propriétaire demande alors un permis de démolition sans proposer un projet de remplacement. Après de longues négociations, la demande est rejetée. Et, l’édifice poursuit son inexorable dégradation.

En 2010, le propriétaire propose une construction où les vestiges de la maison Redpath seraient détruits et remplacés par un édifice sur sept étages. Une demande de dérogation est également faite puisque le bâtiment ne respecte pas la réglementation de zonage en termes de hauteur et de nombre d’étages.

Le Musée des beaux-arts s’y oppose notamment parce que la vue sur le mont Royal, à partir de sa nouvelle verrière, serait bloquée. Héritage Montréal proteste aussi et le Conseil du patrimoine de Montréal prend l’initiative d’émettre un avis défavorable pour le nouveau projet. En fin de compte, la demande est rejetée.

Aujourd’hui

En décembre dernier, la demande de démolition, de même qu’un projet de remplacement qui répond aux règles de zonage, sont approuvés par l’arrondissement Ville-Marie. Le démantèlement est amorcé.

Le maire de l’arrondissement, Denis Coderre, base la décision sur la dangerosité des lieux. Récemment, des ingénieurs, mandatés par la Ville, n’y sont pas entrés par crainte pour leur sécurité. L’arrondissement justifie aussi son choix sur la réglementation. Le nouveau projet la respecte et le bâtiment n’a pas de protection légale. Il n’est pas, non plus, situé dans un site patrimonial déclaré, ni dans une aire de protection.

Les réactions

Héritage Montréal est déçu et adopte une position fondamentaliste lorsqu’il affirme que ce qui tient encore debout – façade, cheminée, pignons et ardoises – devrait être protégé. L’organisme compte interpeller le ministre de la Culture. Un article dans le journal signale que ce dernier aurait demandé un avis urgent au Conseil du patrimoine culturel.

Quelques journalistes et intervenants critiquent le propriétaire et son manque de volonté à sauvegarder le patrimoine. Ce dernier point est des plus intéressants puisqu’on semble oublier le projet d’origine et l’absence de moyens qui oblige un propriétaire à sauvegarder un bien sans protection légale. Et la Ville n’a pas démontré d’intérêt à le protéger au cours des années.

Éviter les fantômes

Depuis 1986, la maison Redpath est un fantôme du patrimoine. Lorsque les travaux de démolition furent arrêtés, elle ne représentait plus qu’un aspect de quelque chose ayant existé.

L’édifice est abandonné depuis plus de 25 ans. En réaction aux derniers développements, des intervenants ont mentionné que la négligence des propriétaires envers le patrimoine était récompensée. Est-ce le cas? Dans les faits, ces derniers ont acquis un bien privé qu’ils peuvent disposer à leur guise. Toutefois, la maison Redpath est érigée dans une zone patrimoniale sensible, sans être protégée. Les édifices sont donc susceptibles d’être porteurs de valeurs patrimoniales importantes.

Pour parer à toutes éventualités, lorsque des édifices construits dans des zones patrimoniales sensibles sont mis en vente, la Ville pourrait exiger du vendeur une évaluation patrimoniale préliminaire du bien. L’acheteur, et les instances auraient ainsi un outil leur permettant de prendre une décision mieux éclairée, moins émotive. Un délai maximal pourrait aussi être convenu pour décider de la protection d’un bien.

Intérieur du bâtiment. Photo : Urbex Playground

Intérieur du bâtiment.
Photo : Urbex Playground

Photo : Annik de Carufel (Le Devoir)

Arrière du bâtiment.
Photo : Annik de Carufel (Le Devoir)

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