Le clocher de l'église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs  à Verdun a été restauré grâce au programme de soutien. Photo : Mathieu Dion

Le clocher de l’église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs à Verdun, restauré récemment. Photo : Mathieu Dion

Ces temps-ci, les multiplications d’annonces de subvention au patrimoine religieux suggèrent un engagement solide et responsable de l’État. Cependant, une analyse, même sommaire, de ce programme suggère plutôt un désistement croissant du gouvernement.

Le programme de soutien à la restauration du patrimoine religieux

Confronté à un patrimoine de plus en plus fragile, le gouvernement québécois réserve en 1995 un budget de 40 millions de dollars sur cinq ans (40M$) pour la création du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) et la gestion d’un programme de soutien.

Les demandes d’aide financière sont traitées par un comité représentant le CPRQ et le ministère Culture et Communications (MCC). Lorsqu’une subvention est accordée, une partie des couts totaux des travaux est octroyée et le demandeur doit fournir la différence. Une fois l’entente signée avec le bénéficiaire, le suivi est rigoureux afin de s’assurer que les ententes sont respectées. Le système semble bien fonctionner puisque les échecs sont rares, même marginaux[1].

Les investissements

L’investissement annuel moyen original de 8M$ est majoré à 10M$ pour l’année 2000-2001, puis 19M$ l’année suivante. Une somme équivalente est aussi accordée pour l’année 2002-2003.

En 2004, l’arrivée d’un nouveau gouvernement et l’évocation des finances publiques amènent une réduction du budget de près que 50 % pour l’année 2004-2005. Pendant les quatre années suivantes, l’investissement annuel moyen est autour de 12,5M$. La crise économique des années 2008 et suivantes profite au patrimoine religieux dont les nombreux projets de restauration font rouler l’économie. Pendant quatre années, l’investissement annuel moyen se situe autour de 18,8M$. Cependant, un autre changement de gouvernement réduit le budget à 20M$ pour deux ans. Ce montant est légèrement bonifié la deuxième année avec un autre gouvernement, et ramené à 10M$ pour l’année en cours.

Des outils de gestion

Un inventaire du patrimoine religieux produit en 2003 guide la sélection des biens subventionnés. Selon des critères rigoureux, des cotes patrimoniales furent attribuées aux bâtiments notamment les cotes incontournable, exceptionnelle ou supérieure qui rendent admissibles aux subventions. Cependant, ce système peut être contourné puisque les biens protégés en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel sont priorisés même si plusieurs ont une évaluation en deçà de la valeur supérieure.

En 2006, le MCC met en œuvre un plan d’action qui mène entre autres à la création d’un inventaire du patrimoine religieux immatériel et à du soutien pour la transmission. Il alloue également des fonds supplémentaires pour soutenir des rénovations, des mises en valeur et des recyclages de patrimoine religieux. Dans l’ensemble, le MCC propose de bonnes idées qui pourraient être profitables au patrimoine religieux. Cependant, leur exécution présente parfois des faiblesses marquées.

L'ancienne église Saint-Mathias-Apôtre à Montréal abrite aujourd'hui le Chic Resto Pop, un organisme d’insertion et d’économie sociale Photo : Rayside Labossière Architectes

L’ancienne église Saint-Mathias-Apôtre à Montréal abrite aujourd’hui le Chic Resto Pop, un
organisme d’insertion et d’économie sociale. Photo : Rayside Labossière Architectes

Une transmission déficiente

Une bonne transmission patrimoniale doit permettre au public de mieux comprendre son patrimoine, de se l’approprier. Pour faciliter ces rencontres, le MCC a mis en ligne un répertoire des biens culturels du Québec. Toutefois, plusieurs biens religieux inscrits sont répertoriés sans information même si le MCC dispose de données historiques sur eux. Le Ministère a aussi ouvert un compte Pinterest sans créer un tableau regroupant le patrimoine religieux qui se trouve ainsi dispersé dans un ensemble hétérogène. Quant au remarquable répertoire du patrimoine immatériel religieux disponible via l’internet, son existence est peu connue du public et peu diffusée ne serait-ce que de placer un lien dans le site du répertoire du patrimoine culturel.

Un désengagement croissant

Au cours des années, de nouveaux biens religieux sont devenus admissibles au programme. Mais, depuis la création du programme, les sommes allouées n’ont pas suivi le taux d’inflation et le pouvoir d’achat a diminué de près de 27 %. De fait, pour maintenir le pouvoir d’achat de 1995, l’investissement annuel de 8M$ nécessiterait d’être majoré à 11,1M en 2016 selon la Banque du Canada.

De plus, la longue durée montre que les budgets diminuent aux changements de gouvernement illustrant ainsi la place mineure qu’occupe le patrimoine dans l’esprit des élus, tout parti confondu.

Et pourtant, mine de rien, c’est près de 300M$ qui ont été investis dans ce programme depuis vingt ans. Plusieurs décisions prises au cours des années sont aussi à saluer. Cependant, n’est-il pas temps qu’une analyse objective et appliquée des programmes en place et de l’adéquation des résultats attendus avec le terrain soit effectuée afin que le MCC corrige les lacunes et adapte ses programmes et ses budgets aux réalités d’aujourd’hui?

 


[1] Le programme est expliqué plus en détail dans les rapports annuels du CPRQ. D’autres montants sont alloués au patrimoine religieux par le biais d’ententes culturelles avec les municipalités, des programmes d’infrastructure et de grands projets. Les sommes provenant de ces programmes ne sont pas calculées ici.

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