Luc Giard

L’ile au Foin
Photo : Luc Giard

En Montérégie, un consensus récent sur le sort de l’ile au Foin pourrait mettre fin à un long roman-fleuve du patrimoine qui perdure depuis une quinzaine d’années notamment à cause de changements de gouvernement municipal, mais aussi le manque de cohérence des instances. Retour sur un cas qui pourrait bien finir.

L’ile aux Lièvres surnommée l’ile au Foin

L’ile au Foin est située dans un delta d’eau douce, au confluent des rivières l’Acadie et Richelieu. Elle fait partie du territoire de la ville de Carignan. Sa superficie de dix hectares, dont 75% est en zone inondable, abrite une forêt ancienne c’est-à-dire que les arbres dominants ont dépassé leur maturité maximale. Il s’agit aussi d’une forêt refuge pour le tilleul d’Amérique, une espèce menacée ou vulnérable. On y trouve également trois types de végétaux en voie d’être désignés menacés ou vulnérables et trois autres d’animaux au statut précaire dont le chevalier cuivré, une espèce menacée depuis 1999 et présente seulement dans le sud-ouest de la province.

Une piste cyclable sur l’ile permet aux visiteurs de découvrir la beauté et la tranquillité des lieux.

Construire sur l’ile

Propriétaire depuis 1986, le promoteur souhaite développer un projet d’habitation sur l’ile. En 2003, il subit une expropriation déguisée lorsque la municipalité procède à un changement de zonage.

Dorénavant favorable à la demande, la ville de Carignan présente en juin 2010 son plan d’urbanisme où elle intègre un règlement permettant de construire sur l’ile. Les citoyens contestent la proposition en présentant des mémoires dans le cadre d’audiences publiques qui sont tenues pendant les vacances. En tout, 66 des 68 mémoires présentés réclament un zonage de conservation pour tout le secteur de l’ile au Foin, ses canaux, sa plaine inondable et ses milieux humides.

La ville maintient tout de même son plan d’urbanisme.

Les citoyens se mobilisent 

L’année suivante, les citoyens se mobilisent et obtiennent le nombre de signatures requises pour tenir un référendum sur le plan d’aménagement de la municipalité. La proposition de modification des règles de zonage sur l’ile au Foin est rejetée par référendum.

Une protection mitigée 

La municipalité va quand même de l’avant. À l’automne 2011, la MRC de la Vallée-du-Richelieu approuve le plan d’urbanisme de Carignan. Le promoteur peut construire quatorze résidences prestigieuses.

Peu après, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune avise la municipalité de la présence d’un écosystème forestier rare sur l’ile. Toutefois, comme il est situé sur un terrain privé, le ministère ne peut ni le classer, ni le protéger.  De fait, selon la Loi du patrimoine, à l’exception des arrondissements, les lieux paysagers naturels sont exclus de la législation, car ils n’ont pas été façonnés par l’humain. La protection d’un endroit tel que l’ile au Foin repose donc sur les règlements municipaux et lorsque ceux-ci sont respectés, la ville ne peut empêcher le développement d’un site.

Projet refusé, puis accepté

En 2012, la MRC adopte un projet de règlement afin de construire un chemin d’accès en zone inondable dans l’ile au Foin. Il est refusé par le ministère des Affaires municipales, car il ne respecte pas les orientations gouvernementales en matière de sécurité publique et de protection de l’environnement. Une seconde demande est faite, sans succès. L’année suivante, le ministère revient sur sa décision initiale et autorise la création d’une voie d’accès en validant la demande de dérogation au schéma d’aménagement de la MRC. Au sein du conseil municipal, plusieurs élus saluent la décision du ministère. D’autres, dont l’actuel maire de Carignan, sont déçus.

Peu de temps après, ce dernier est élu pour son opposition totale au développement dans l’ile.

Canal dans l'ile au Foin Photo : nature-carignan.org

Canal dans l’ile au Foin
Photo : nature-carignan.org

Convergence vers une vision commune

Depuis quelques semaines, les principaux intervenants, citoyens, propriétaire et élus travaillent ensemble sur un projet où l’ile serait rachetée par la ville pour être protégée. L’offre est conditionnelle à l’obtention de subventions. L’équipe en place demeure persuadée de trouver d’autres solutions si les demandes d’octroi échouent. De plus, elle est appuyée par la population.

Le cas de l’ile au Foin met en lumière une condition essentielle à l’émergence du patrimoine. Même si les critères de la Loi sur le patrimoine ne s’appliquent pas à la situation, une portion importante des Carignanois perçoivent l’ile comme étant un bien précieux à protéger. Toutes leurs actions vont dans ce sens. La situation montre aussi que la protection d’un paysage naturel est difficile et les moyens demeurent très limités en l’absence de collaboration du propriétaire ou des instances. Ainsi, on s’explique mal comment le ministère des Affaires municipales, pourtant bien au fait de la fragilité des écosystèmes dans ce site exceptionnel, finit par autoriser un développement qui nuira nécessairement à la survivance d’espèces précaires, même menacées.

Heureusement, la patience et une bonne volonté de tous les intervenants augurent bien pour l’avenir de l’ile au Foin.

2 réponses à L’ile au Foin à Carignan :

un roman-fleuve du patrimoine

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