Pont couvert de Wakefield Photo : France Lamarche, 2002

Pont couvert de Wakefield
Photo : France Lamarche, 2002

L’Outaouais, région forestière par excellence, remet au gout du jour et en service le patrimoine fascinant des ponts couverts. Regard sur ce bien culturel surnommé le pont des amoureux.

Historique

Près de 1 000 ponts couverts ont été construits au Québec, dont une centaine dans l’Outaouais. La plupart furent érigés au début du XXe siècle avec la colonisation de nouvelles régions et pendant la Grande Crise des années trente pour donner du travail aux ouvriers.

La majorité des ponts couverts québécois sont élevés selon le modèle de l’architecte américain Ithiel Town. La structure est facile à assembler et exige peu de calcul mathématique. Une main-d’œuvre non spécialiste et locale peut ainsi être mise à contribution. La couverture protège la base en bois jusqu’à une centaine d’années. La pigmentation rouge est utilisée pour teindre les ponts. Au fil des années, elle est devenue une caractéristique distinctive si bien que pont couvert et pont rouge sont presque synonymes.

Surnommé pont des amoureux, la rumeur affirme que c’était un endroit privilégié pour les rencontres romantiques et des baisers volés à l’abri des regards.

À l’origine, le dégagement des ponts était calibré pour une charge de foin. Cependant, la modernisation et l’arrivée de l’automobile, après la Deuxième Guerre mondiale, mettent fin à la construction de ponts couverts et ils sont laissés à l’abandon. En 1992, l’État québécois impose un moratoire sur leur démolition et instaure un programme financier de restauration. Il subsiste aujourd’hui environ 85 structures.

De bien utilitaire à patrimoine populaire

À l’instar des croix de chemin, les ponts couverts sont appropriés par la communauté qui se porte à leur défense et les reconstruise. Pour assurer la pérennité de ce bien, la participation citoyenne dans la région de l’Outaouais est particulièrement dynamique.

Le pont (Félix-Gabriel) Marchand

En 1898, au village de Mansfield, le pont Marchand est construit en moins de trois mois avec du pin. Les autorités suggèrent sa démolition en 1964. Mais, un comité de citoyen milite pour sa sauvegarde et recueille des dons pour solidifier les piliers. Il est classé en 1988 par le gouvernement québécois. En 1997, les élus octroient une subvention pour le remplacement des trois piliers. L’année suivante, c’est la communauté qui se mobilise pour lui redonner ses couleurs d’antan. Aujourd’hui, l’infrastructure constitue une attraction touristique.

Pont couvert de Wakefield

En 1997, la communauté de Wakefield se mobilise pour la reconstruction d’un pont couvert. Une fois le financement des travaux assuré, le comité de souscription a continué sa collecte pour aménager une aire de piquenique, avec toilettes, sur un terrain à proximité qui leur a été cédé. De nombreux bénévoles ont contribué au succès du projet, dont un étudiant qui a produit une maquette transformée en outil de promotion pour le tourisme. Le pont est accessible aux piétons et aux cyclistes. Aujourd’hui, il abrite la Course et duathlon annuel du pont couvert de Wakefield.

Parc fluvial de la rivière Blanche

Le projet du parc fluvial comprend quatre ponts couverts. En 2004, la Corporation d’aménagement de la Rivière Blanche est créée pour mener le projet à terme. Une première structure, le pont Brabant-Philippe, est inaugurée en 2007. Il s’agit du premier pont couvert construit au XXIe siècle. Toutefois, il est victime d’un incendie criminel en 2011. Les élus de Gatineau ont décidé de financer la reconstruction du pont à l’identique. Le cachet du quartier est ainsi préservé ainsi que la mobilisation des bénévoles engagés dans ce projet à long terme.

Le pont Roland-Houët est inauguré en 2009. Il est placé sur des culées datant de 1880 et remplace un pont disparu dans les années 1940. Il constitue un accès privilégié aux enfants qui pourront se rendre à l’école à bicyclette.

Ces ponts et les deux autres à venir sont entièrement construits par des bénévoles. Des entreprises contribuent aussi au financement. Les volontaires aménagent également les sentiers menant à des réseaux cyclistes environnants. Dans l’ensemble, le projet balise un réseau cyclable qui sera relié entre autres à la Route Verte. Il comprend des sentiers équestres, une érablière, la réintroduction du doré dans la rivière et plusieurs autres initiatives dont un débarcadère pour canots et kayaks.

Les enjeux du tourisme

Pont Roland-Houët Photo : Info07, 2010

Pont Roland-Houët
Photo : Info07, 2010

Le tourisme est un secteur important de l’économie québécoise et génère des milliers de dollars chaque année. Les ponts couverts stimulent un tourisme à la fois culturel et sportif. De fait, les charrettes de foin ont cédé leur place aux bicyclettes. Et les ponts couverts, souvent situés dans des paysages outaouaiens spectaculaires, favorisent la découverte d’un patrimoine attachant et original.

Enfin, le cas des ponts couverts révèle l’apport exceptionnel de la participation citoyenne aux enjeux du patrimoine. Il ne fait aucun doute que sans l’engagement des bénévoles, estimé à plusieurs centaines de milliers de dollars, des projets n’auraient pas vu le jour.

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