Grande Maison au lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice Photo : Wikimedia Commons, 2011

Grande Maison, site des Forges-du-Saint-Maurice
Photo : Wikimedia Commons, 2011

En 2012, la direction de Parcs Canada annonce des coupes budgétaires au Lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice qui ont des conséquences directes sur l’accessibilité et l’interprétation. Plus encore, la sauvegarde du site n’est plus basée sur son importance patrimoniale, mais sur sa capacité à attirer des visiteurs.

Les forges du Saint-Maurice

Ces forges marquent la première industrie sidérurgique au Canada et le premier village industriel du pays. De 1730 à 1883, la communauté exploite du minerai de fer pour les besoins de la colonie. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada reconnait l’importance historique de l’endroit dès 1919. Des personnes souhaitent alors en faire un lieu d’interprétation du patrimoine. Toutefois, ce projet reste sans suite.

En 1963, le gouvernement québécois devient propriétaire du site qu’il cède à son homologue canadien en 1973. Ce dernier s’engage à le mettre en valeur tandis que Québec établit un vaste chantier archéologique. Témoin de la popularité de l’endroit, entre 1972 et 1975, Radio-Canada présente le téléroman « Les Forges de Saint-Maurice ». Depuis une quarantaine d’années, c’est un lieu de rassemblement où les visiteurs profitent de nombreuses activités d’interprétation.

Conséquences des baisses de budget

Les contrecoups des compressions sont assez importants. La saison, désormais limitée de la Saint-Jean-Baptiste à la fête du Travail, réduit l’accès des groupes scolaires en juin et des croisiéristes à l’automne. Des panneaux d’information remplacent les visites avec guide-animateurs.

Mobilisation

Des personnes, issues des milieux culturels, touristiques et économiques interpellent le ministre responsable de Parcs Canada. Dans l’ensemble, ils demandent de prolonger l’ouverture du site pour les groupes. Ils suggèrent aussi de réfléchir à des outils d’interprétation du patrimoine plus dynamiques que les panneaux puisque la tendance va au tourisme d’expérience. Il importe donc que des guides puissent partager avec les visiteurs des histoires et des anecdotes. Selon eux, l’absence de circuit animé diminue la qualité de la visite.

En fin de compte, les panneaux d’interprétation sont maintenus avec de l’information supplémentaire accessible par un téléphone intelligent. Les jeunes ont droit à un programme de visite autonome conçu pour eux. Le site reçoit les groupes scolaires et croisiéristes hors saison, et des visites guidées sont alors offertes.

Au niveau de la population locale, la mobilisation est faible. Des députés fédéraux s’impliquent et invitent les gens à participer en fréquentant les forges. L’élan du mouvement initial est solide lorsque le site accueille une foule record lors de la fête du Canada en 2013. Cependant, il s’arrête au cours de l’été. De même, une page Facebook est créée pour stimuler l’enthousiasme envers les forges, sans obtenir le succès espéré.

Fréquentation

La saison 2013, suivant la réduction budgétaire, a enregistré une baisse de fréquentation d’un peu moins de 10 %. Cette diminution fait suite à une autre plus importante en 2012. Selon les intervenants, la fréquentation soutenue et constante du site est essentielle à sa sauvegarde. De fait, puisque les décisions sont prises à distance et sans tenir compte des enjeux locaux, l’octroi des budgets est conséquent du nombre des visiteurs. Les investissements du gouvernement fédéral se limitent à l’entretien des lieux et non plus à sa mise en valeur.

Ruines de la forge basse Photo : Wikimedia Commons, 2011

Ruines de la forge basse
Photo : Wikimedia Commons, 2011

Par ailleurs, le nombre de navires de croisières qui s’arrêtent à Trois-Rivières grandit. Lors de leur escale, c’est 700 à 2 500 personnes qui sont prêtes à visiter des lieux patrimoniaux tels que celui des forges du Saint-Maurice. Une opportunité se présente dans la mesure où gestionnaires et intervenants locaux s’unissent pour améliorer son attractivité. Cependant, la direction du site, de même que les offices touristiques ont réduit leurs investissements publicitaires et leurs activités de promotion.

Un patrimoine en danger

La situation des forges est fragile et les moyens pour stimuler l’intérêt des Québécois envers ce patrimoine sont presque inexistants. En situant les enjeux de ce lieu historique dans la sphère de l’économie, les élus de même que la direction du site et les acteurs économiques et touristiques n’agissent plus en gardiens de l’héritage culturel des Canadiens et des Québécois. Il s’ensuit que les forges se trouvent présentement dans une spirale descendante où une baisse constante de visiteurs pourrait mener à l’abandon des lieux.

5 réponses à Les forges du Saint-Maurice :

un patrimoine soumis à l’économie

  • Lise Noël dit :

    Merci Diane d’attirer notre attention sur le triste sort réservé à ce site d’exception. À quand une « route du patrimoine industriel » au Québec comme on en trouve en Europe? Il y a de l’intérêt pour ce patrimoine mais encore faut-il en faire la promotion et y offrir un accueil de qualité. Manque de volonté ou d’imagination?

  • Yves Couture dit :

    Classique : on coupe les sous, les services en souffrent, la fréquentation (dans le cas d’un tel lieu) baisse et ceux qui coupent les sous produisent des arguments de rentabilité pour couper encore les sous.
    Nous élisons des affairistes qui ne peuvent concevoir qu’un service n’est jamais rentable, ne peut être rentable et n’a pas à l’être.
    Nous vivons l’époque de la grande noirceur économiste.
    Merci madame de souligner cette aberration.

  • Michel Bonnette dit :

    Nous avons cru, à tort sans doute, que la conservation de notre patrimoine culturel était une préoccupation qui s’était petit à petit intégrée à notre culture citoyenne et que cela était une chose acquise pour toujours. Le Ministère de la Culture a trouvé dans les années 1980 une issue de secours à ses obligations en s’assurant, à travers des ententes bilatérales, la complicité des municipalités, des organismes et des individus propriétaires ou gestionnaires de sites du patrimoine pour s’assurer la conservation des sites du patrimoine du Québec. Le Fédéral, par le biais de Parcs Canada, a su développer de son côté, pendant la même période, une expertise formidable et un savoir-faire enviable à cet égard. Force est de reconnaître aujourd’hui, qu’on ne peut rien prendre pour acquis, que la vie est un perpétuel recommencement et que chaque génération doit questionner ses responsabilités et imaginer ses solutions. Peut-être le moment est-il venu que la jeunesse d’aujourd’hui se regroupe pour s’interroger sur ce qu’elle doit faire (peut-être réinventer la roue?) pour que la sauvegarde de son/notre patrimoine redevienne la préoccupation qu’elle a été au cours des trente dernières années et pour que les énergies et les budgets nécessaires à cette fin y soient consentis à nouveau?

  • Avant que naissent les forges du Saint-Maurice, les Jésuites avaient aussi une forge à Trois-Rivières. As-tu des informations à ce sujet? Sais-tu si elles étaient situées au même endroit?

  • Diane Joly dit :

    Bonjour Jeannine. Malheureusement, je n’ai aucune information à ce sujet. Les historiens indiquent que ces forges seraient le berceau de l’industrie. Celles des Jésuites étaient peut être privées?

    Si vous trouvez quelque chose, n’hésitez pas à partager ici.

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