232 personnes reposent dans le sous-sol de l'église depuis le XVIIIe siècle.

Depuis le XVIIIe siècle, 232 personnes reposent dans le sous-sol de l’église Saint-Roch-des-Aulnais.
Photo : Yves Morissette, 2010

Depuis une trentaine d’années, les cimetières du Québec ont pris un virage mercantile qui fragilise la conservation de leurs éléments patrimoniaux. Cette tendance est difficile à endiguer puisque la gestion des cimetières est privée et que seul un petit nombre d’entre eux jouit d’une protection légale. L’appréhension d’un cimetière comprend à la fois les pierres et l’environnement, le végétal et le minéral. Regard sur différents enjeux qui affectent l’avenir du patrimoine funéraire des Québécois.

L’utilitaire l’emporte sur la beauté des lieux

Critiqués pour leur aspect fonctionnel et le cout élevé de leur entretien, les mausolées-columbariums sont de vastes constructions, climatisées l’été et chauffées l’hiver, qui abritent des enfeus. Un cercueil peut ainsi être préservé dans une niche pendant cent ans. Les enfeus représentent environ 5 % des sépultures dans les cimetières québécois. Les redevances sont lucratives et les propriétaires tentent d’augmenter cette part de marché. Des édifices monumentaux, sans intérêt architectural, défigurent ainsi des cimetières hébergeant des monuments funéraires d’importance pour leur valeur d’art ou d’histoire.

Gestion défaillante des cimetières

Le déclin des cimetières commence en 1963 lorsque l’Église catholique autorise la crémation. Depuis ce temps, la clientèle des petits cimetières a chuté de 30 %. De plus, 80 % d’entre eux sont gérés par des fabriques dont la situation financière est précaire.

Un bail variant de 50 à 99 ans confirme l’achat d’une concession dans un cimetière. Lorsqu’il vient à échéance, les descendants doivent reconduire le contrat. Cependant, ces derniers sont parfois difficiles à retracer. Certains refusent aussi de renouveler le bail ou de restaurer le monument entre autres à cause de déboursés élevés. C’est ainsi qu’en 2011, 150 monuments funéraires ont été retirés de l’ancien cimetière de L’Islet (Chaudière-Appalaches) pour l’un ou l’autre de ces motifs. Il s’agit d’une perte inestimable pour l’histoire des lieux et des familles locales.

Cette situation peut se répéter pour la plupart des cimetières québécois gérés par les fabriques. Personne n’est à l’abri. Par exemple, à Lévis, la pierre tombale du fondateur des Caisses populaires, Alphonse Desjardins, fut rescapée de justesse. À Montréal, le caveau de l’architecte Victor Bourgeau, qui a conçu de nombreuses églises québécoises, s’est retrouvé au dépotoir.

L’absence de répertoires

Il n’existe pas d’inventaire de l’ensemble des monuments funéraires au Québec. Un tel document faciliterait pourtant le repérage d’œuvres d’importance et la mobilisation en vue de leur protection. Par ailleurs, cette lacune favorise le vol et le recel d’œuvres d’art funéraire. Ainsi, la majorité se retrouve chez les brocanteurs. Bien que la loi oblige le commerçant à valider l’identité et les coordonnées des propriétaires, peu d’antiquaires se donnent la peine de le faire. Il arrive aussi que des familles reprennent et revendent les œuvres sans aviser la direction du cimetière.

L'entretien de cette sépulture au cimetière de Montparnasse (Paris) est négligé montre des signes de fatigue

Au cimetière de Montparnasse (Paris). L’aspect négligé est un signe précoce d’abandon.

Le registre peut aussi devenir un outil de protection préventif efficace. À Paris, au cimetière du Père-Lachaise, les reprises de lots sont affichées longtemps avant la destruction des monuments. Un comité d’historiens, d’archivistes et de généalogistes consulte cette liste avant de recommander la conservation de certains monuments.

En principe, cette idée pourrait s’implanter ici. Les propriétaires de cimetière tiennent à jour un registre des concessions. Une réconciliation des données au niveau régional est faisable à court terme. La liste des baux venant à échéance pourrait être affichée sur le site Internet de la Municipalité régionale de comté et publiée deux fois l’an dans les journaux municipaux.

Les nouvelles pratiques

Dans une proportion de plus de 65 %, les Québécois préfèrent être incinérés après leur décès et que leurs cendres soient répandues dans la nature. Cette nouvelle pratique a provoqué une baisse importante de l’utilisation des cimetières. Et ce mouvement semble irréversible. Il importe donc d’agir maintenant.

L’un des moyens préconisés par les défenseurs du patrimoine funéraire serait de transférer la gestion des cimetières aux administrations municipales. Ce patrimoine assujetti à l’oubli, à l’indifférence, à la volonté et aux moyens financiers des descendants serait mieux protégé. Espérons que l’idée fera son chemin.

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