Photo : TC Media (Pierre-Olivier Girard), 2015

Photo : TC Media (Pierre-Olivier Girard), 2015

À Magog, les élus autorisent un promoteur à construire un complexe regroupant des entreprises de TIC à l’entrée de la ville. Ils souhaitent ainsi la positionner comme un lieu dynamique, à succès. Cependant, l’espace convoité abrite une maison centenaire que des opposants exigent de conserver. Que faire du patrimoine – symbole d’un passé, lorsqu’une ville veut orienter son image vers le futur?

La maison Tourigny

Érigée vers 1880, elle est l’une des premières maisons de briques construites dans la région. Le bâtiment appartient d’abord à un tailleur de pierre. Puis, change de propriétaire quelquefois. En 1900, l’avocat Alfred Tourigny, ancien secrétaire-trésorier de Magog, loue le sous-sol, puis acquiert la résidence en 1907. La famille conserve l’édifice pendant un siècle. La maison abrite ensuite une boutique d’antiquités jusqu’à son acquisition par la ville. Elle est à l’abandon depuis une douzaine d’années.

Son architecture emprunte à plusieurs vocabulaires notamment d’inspiration Second Empire avec un plan au sol carré sur deux étages coiffés d’une fausse mansarde. La galerie multifaçade protégée d’une moustiquaire relève du pittoresque. L’aménagement du sous-sol atypique suggère qu’il a servi dès l’édification du bâtiment, peut-être pour tailler des pierres. La maison est située sur un ilot qui abrite un stationnement et un immeuble. Elle ne fait pas partie des circuits patrimoniaux dans la ville.

Regarder vers l’avenir

En 2011, la ville lance sans succès un appel d’offres pour l’acquisition et le déménagement du bâtiment qui doit demeurer à l’intérieur d’un rayon maximal de 500 mètres. Elle souhaite que l’acquéreur conserve son caractère patrimonial. Demeurée sans réponse, la municipalité lance, sans succès, un autre appel de projet en 2014.

Le site est vendu à un promoteur qui souhaite construire un bâtiment qui accueillera des entreprises de TIC. Il prévoit démanteler la maison Tourigny. Devant cette situation, des opposants se regroupent sous le collectif « Sauvons l’ilot Tourigny ».

Le point de vue du collectif

Les opposants lancent une campagne afin de préserver le caractère patrimonial et l’intégrité physique de la maison Tourigny. Selon eux, l’édifice a une importance historique et son architecture unique attire le regard des touristes.

Le groupe obtient un référendum pour statuer sur le projet de démolition. Mais, la mobilisation est très faible et le nombre requis de quinze signatures n’est pas atteint. Le collectif met aussi en ligne une lettre d’opposition à la démolition et un site web. Le 10 janvier dernier, il rassemble une soixantaine de personnes, dont plusieurs anciens résidents, pour manifester en vue de la conservation du bâtiment.

De l’argumentaire des opposants, la ville retient celle du besoin d’harmonisation avec le cadre bâti environnant. Elle exige ainsi du promoteur des contraintes en termes de hauteur et de nombres d’étages des bâtiments sur l’îlot. Il y aussi des demandes concernant la maçonnerie, la toiture et la fenestration.

Un patrimoine désespérant

Est-ce que la démolition du site est vraiment la seule solution? Dans le cas de la maison Tourigny, il semble que oui. La ville a lancé plusieurs appels demeurés sans suite. Elle a aussi offert la maison pour 1$, avec l’obligation de la déménager. Les outils de mobilisation citoyenne, dont le référendum, n’ont pas suscité la participation minimale requise. Le promoteur a offert 50 000 $ aux opposants pour qu’ils déménagent la bâtisse. Ils ont refusé.

La Société d’histoire de Magog

Deux membres de la société d’histoire locale font partie du collectif. Officiellement, la Société d’histoire de Magog refuse de se prononcer. Elle juge qu’elle n’a ni la mission ni l’expertise pour prendre part aux débats. En 2005, elle avait remis un rapport en faveur de la conservation de la maison tout en soulignant que son caractère patrimonial était altéré.

Elle réaffirme tout de même l’importance de la famille Tourigny pour le développement de Magog et son histoire. Il est essentiel, selon la Société, de conserver ces faits, de les mettre en valeur.

La panacée du virtuel

L’idée d’assurer la mémoire des Tourigny fait son chemin. Le promoteur affirme vouloir créer un site internet qui permettrait d’accéder virtuellement à la maison Tourigny avec photos et vidéos.

La conservation du patrimoine au moyen du numérique se présente comme une solution idéale… peut-être un peu trop lorsque l’on veut se donner une bonne conscience tout en détruisant le patrimoine. Avant d’entreprendre un projet de ce type, il y a des questions à se poser notamment sur la gestion de l’information virtuelle dans la longue durée. Qui effectuera les mises à jour du site et de l’information au cours des années? Qui paiera pour sa gestion dans dix ans, dans vingt ans? Enfin, en présence d’un manque évident d’intérêt de la population, c’est le cas ici, la conception d’un site internet est-elle la meilleure approche? De même, le virtuel malgré ses capacités presque illimitées prend souvent la forme d’un court texte accompagné d’une photographie. L’information est esquissée, sans grand intérêt.

Pérenniser l’histoire des Tourigny et de leur maison

La solution ne serait-elle pas plutôt d’investir dans une recherche solide sur la famille Tourigny, sur sa contribution au développement de la ville, sur l’histoire du bâtiment, de répertorier la documentation pertinente et l’iconographie existante? L’information recueillie pourrait être déposée aux archives de la Société d’histoire. Dans la longue durée, la disponibilité de l’information favoriserait la diffusion d’articles dans les médias locaux.

La maison Tourigny en contexte Photo : Capture Google Street, printemps 2015

La maison Tourigny en contexte
Photo : Capture Google Street, printemps 2015

Une réponse à La maison Tourigny à Magog : un patrimoine désespérant

  • Christian Gates St-Pierre dit :

    C’est toujours la même histoire. Le patrimoine, c’est comme l’environnement: les élus s’en moquent et ne réfléchissent qu’en terme de développement économique, car ils sont au service des entreprises, pas au service des citoyens. C’est pathétique pour une province dont la devise est «Je me souviens»…

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