Maison Déry, Charlesbourg Photo : Société d’histoire de Charlesbourg

 

À Charlesbourg dans la région de Québec, la maison Déry suscite bien des questionnements. Sa valeur patrimoniale est indéniable. Toutefois, sa localisation en dehors du secteur ancien de la ville rend difficile sa protection et ébranle même les enjeux du patrimoine. Voilà un cas où le plan d’urbanisme peut être néfaste.

La maison Déry

Construite en 1834, la maison Déry est située sur la rue du Vignoble, anciennement rang de la commune, tracée au XVIIe siècle. Vernaculaire, le bâtiment est d’inspiration néoclassique avec les grandes ouvertures, les lucarnes, le carré dégagé du sol, le toit à deux pentes et les longues galeries.

Située dans un ancien milieu rural, la rue du Vignoble abrite quatorze maisons ancestrales des XVIIIe et XIXe siècles sur une distance d’environ un kilomètre. Quoiqu’à l’extérieur du quartier historique de la ville, ce secteur possède une valeur patrimoniale certaine par son histoire et ses bâtiments anciens.

Menace de démolition

Suivant des frais de rénovation importants, le propriétaire de la maison Déry obtient un permis de démolition. La société historique locale se mobilise et ses interventions dans les médias amènent le ministère Culture et Communications (MCC) à émettre une ordonnance interdisant pendant 30 jours son démantèlement.

Le MCC se donne ainsi le temps d’évaluer la valeur patrimoniale du bâtiment. À la fin, il conclut que la maison Déry est certes porteuse de valeur patrimoniale, mais que celle-ci se situe à un niveau local. La responsabilité échoit donc à la ville de Québec, Charlesbourg étant l’un de ses six arrondissements.

 

La rue du Vignoble se trouve dans l'ancien secteur Bourg Royal. Photo : Société d'histoire de Charlesbourg

La rue du Vignoble se trouve dans l’ancien secteur Bourg-Royal. Photo : Société d’histoire de Charlesbourg

Des appuis importants

La Société d’histoire de Charlesbourg poursuit sa mobilisation et reçoit deux appuis de taille. Les Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec et la Fédération Histoire Québec s’unissent pour protester contre la démolition de l’édifice d’autant plus que l’évaluation patrimoniale du secteur n’a pas été faite.

Selon ces organismes, ils interviennent pour la sauvegarde des « petites maisons parce qu’elles disparaissent une à une, dans l’indifférence, contribuant graduellement à la banalisation du paysage architectural ». La ville de Québec semble leur donner raison lorsqu’elle affirme que la valeur patrimoniale de la maison Déry est similaire aux autres bâtiments anciens à l’extérieur de l’arrondissement historique.

Le plan d’urbanisme

La Loi sur l’aménagement du territoire oblige les villes à établir un plan d’urbanisme, c’est-à-dire à émettre les lignes directrices de l’organisation spatiale et physique de leur espace. Le document présente ainsi une vision d’ensemble de l’aménagement du territoire. Des aires historiques peuvent être identifiées et délimitées. Souvent, ces quartiers sont protégés par la législation ou des règlements de zonage stricts.

Ainsi, si un bâtiment se trouve à l’extérieur du quartier protégé et qu’il n’est pas cité ou classé, il n’existe aucun recours légal pour obliger sa protection. C’est dans cette optique que s’inscrit le cas de la maison Déry, même de l’ensemble des maisons ancestrales de la rue du Vignoble.

Suivre le lien dans le texte pour lire le rapport.

Une société historique prévoyante

En 2014, des consultations sur l’avenir du site patrimonial de Charlesbourg (Trait-Carré) sont menées. La Société d’histoire de Charlesbourg y a présenté un mémoire. Dans sa conclusion, elle dépasse les limites du Trait-Carré pour aborder entre autres le secteur de la rue du Vignoble. Outre son ancienneté, la société mentionne aussi l’existence des quatorze maisons ancestrales qui ne bénéficient d’aucunes protection ni d’aucuns soutien aux propriétaires pour leur entretien. Elle rappelle avoir déposé en 2009 un programme de mise en valeur recommandant entre autres la création d’un circuit patrimonial pour le secteur. Elle avait aussi suggéré que le lieu et les bâtiments soient documentés, reconnus comme patrimoniaux et placés sous la responsabilité de la Commission d’urbanisme et de conservation de la Ville de Québec.

Ce document, étoffé de nombreuses photographies, constitue une trace tangible du potentiel patrimonial du secteur. La ville semble l’avoir compris puisqu’elle a décrété un moratoire de plusieurs semaines sur les bâtiments construits avant 1948. Cela lui donne le temps de procéder à un inventaire du bâti. Reprenant la recommandation de la Société d’histoire, elle souhaite que ces bâtiments se retrouvent sous la gouverne de la commission d’urbanisme et de conservation.

Le plan d’urbanisme : un outil à deux tranchants

Le cas de la maison Déry montre bien les dangers pour le patrimoine lorsqu’un plan d’urbanisme devient un outil pour cautionner des gestes parfois irréparables envers le patrimoine…

Ce plan est revu ponctuellement. Les élus, fiduciaires du patrimoine de leur communauté -, doivent être capables de se projeter dans l’avenir, d’instaurer une gestion proactive en identifiant les secteurs qui pourraient devenir patrimoniaux. Ils pourront alors et mettre en douce des règlements favorisant à la fois leur préservation et leur développement.

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