Côte des Éboulements

Côte des Éboulements
Photo : Transport Québec

Patrimoine paysager

En 1997, un terrible accident d’autocar sur la côte des Éboulements dans Charlevoix provoque le décès de 44 personnes. Dans les jours qui ont suivi, les élus locaux exigent du premier ministre un réaménagement sécuritaire de la côte. Des groupes réclament immédiatement un tracé qui tient compte du paysage, des citoyens et leurs biens.

Consultation bâclée

Le nouveau tracé est présenté au printemps 1998. Des consultations se tiennent pendant trois jours. Les citoyens examinent les plans du ministère et posent des questions aux ingénieurs. Cependant, les points de vue et les oppositions ne sont pas entendus. De plus, aucun procès-verbal des séances ou document d’information n’est produit à la suite des rencontres.

Le projet est appuyé par les résidents locaux répartis dans quatre municipalités, les usagers de la côte et la majorité des élus. Le principal argument consensuel repose sur la sécurité des gens qui transitent par la côte ou qui habitent sur sa proximité. Toutefois, des groupes et quelques locaux s’y opposent pour la valeur patrimoniale du paysage et la protection de l’environnement.

Argumentaire patrimonial

Plusieurs se portent à la défense du patrimoine paysager. Pour ces derniers, la protection du paysage grandiose de la côte doit primer. Mais, selon les élus locaux, les paysages sont visibles seulement des bateaux qui naviguent sur le fleuve. On souligne aussi que la région est l’une des réserves de biosphère canadiennes de l’UNESCO. Pour leur part, les élus rappellent qu’il s’agit d’un patrimoine habité et qu’il faut en priorité protéger les gens.

Selon les élus, la côte appartient aux gens de Charlevoix. Pour les protecteurs du patrimoine, elle appartient plutôt à tous les Québécois et les Charlevoisiens en sont les fiduciaires.

Devant les tribunaux

Les dissidents demeurent une minorité non représentative de Charlevoix. Ils sont appuyés par des organismes externes agissant sans avoir rencontré ou consulté les citoyens et les municipalités concernés. Les locaux sont convaincus d’avoir choisi un projet leur convenant et qui ne dilapide pas leur patrimoine.

Les travaux peuvent commencer. Toutefois, des opposants demandent à la Cour d’ordonner au ministère de soumettre le projet au BAPE et d’arrêter les travaux. La demande est rejetée par la Cour supérieure qui autorise la reprise du chantier. Les dissidents décident de faire appel, mais la Cour d’appel rejette aussi la demande. Enfin, ils poursuivent leurs démarches devant la Cour suprême qui refuse d’entendre l’appel.

Projet amélioré

L’opposition des groupes a tout de même mené à des améliorations. Le projet initial de réfection, qui reposait essentiellement sur la sécurité, a un impact important sur le patrimoine bâti, une partie de terres agricoles et un plateau naturel avec boisé. Après réflexion, tous ont convenu de prolonger la côte dans son axe original. Le nouveau tracé préserve l’ensemble et l’historicité des lieux tout en supprimant la pente qui se terminait dans un virage abrupt. En 2009, aucun accident n’est à déplorer depuis la reconstruction.

Avec le recul

Plus de 15 ans se sont écoulés depuis l’accident malheureux. Parmi les intervenants à l’origine, certains remettent en question les décisions de l’époque. D’autres perçoivent une dissidence plus importante qu’il n’y paraissait à ce moment-là. Du côté de l’opposition, certains reconnaissent qu’il fallait modifier le tracé et que l’assurance d’une route sécuritaire a probablement sauvegardé l’un des villages et la région qui a connu une baisse catastrophique de la fréquentation des touristes pendant plusieurs années. Enfin, tous sont d’accord pour affirmer que les opposants ont contribué à la conservation du patrimoine paysager en obligeant les locaux à réfléchir sur l’importance de leur milieu de vie.

Une opposition bénéfique

Le cas de la côte des Éboulements illustre l’importance d’une saine opposition en faveur du patrimoine. L’accident tragique de 1997 a suscité des réactions émotives parmi les locaux. La sécurité est devenue le seul enjeu à respecter. Il est regrettable que les tribunaux aient été appropriés et l’analyse de l’impact sur l’environnement minimisée. Dans l’ensemble, pour un prochain cas similaire, la triade sécurité, patrimoine et environnement devrait être examinée conjointement.

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