Récemment, nous apprenions la destruction du Centre Préfontaine (Rosemont-La petite Patrie). Un monument, selon la Ville de Montréal, à haute teneur patrimoniale.

Historique

Le bâtiment est construit en 1886, alors que s’achève l’épidémie de variole qui fait 2500 victimes à Montréal. Premier hôpital de sa communauté. Il héberge à l’origine les varioleux. En 1978, il est rénové et converti en centre de réhabilitation pour toxicomanes. Il est utilisé par intérim comme centre de transition pour les réfugiés vietnamiens. En 1997, le centre est fermé et l’édifice est laissé à l’abandon. Il retrouve un regain de vie en 2001 lorsque le Maire Bourque l’offre à des itinérants. Ce squat à haute visibilité est très court. Il mène à la construction de logements sociaux à proximité.

La valeur patrimoniale du monument repose essentiellement sur sa courte association avec l’épidémie de variole, sa position de premier hôpital de sa municipalité. Et, dans une moindre mesure, il est un symbole des luttes pour le droit au logement.

De lieu public à lieu privé

En 2010, le terrain et son bâtiment sont rachetés par des intérêts privés. Ils planifient de construire des condos. Le nouveau propriétaire doit décontaminer les lieux, préserver les structures du bâtiment, mais pas les matériaux. Il n’en resterait que des vestiges, sans rapport à l’intérêt patrimonial du bâtiment et non accessibles. Enfin, le 12 février dernier, l’entrepreneur découvre que la structure est trop abîmée. Il obtient de la Ville que le bâtiment soit détruit. Pour compenser, il s’engage à reconstruire la structure.

Une réflexion plus rigoureuse

Ce cas souligne à nouveau une absence de réflexion sur le patrimoine :

1. Quelle est l’authentique valeur historique du monument? Sa courte association avec les épidémies semble un argument plutôt faible;

2. Est-il nécessaire de conserver sa structure puisque la vocation communautaire du lieu devient caduque lorsque le bâtiment passe à des intérêts privés?

Il importe aussi de se questionner sur la tardiveté à effectuer la documentation et l’évaluation patrimoniale du bâtiment. Celui-ci fut laissé à l’abandon en 1997. Il s’est donc dégradé sans mobiliser les élus et les publics de proximité qui en étaient à la fois les gardiens et les héritiers culturels.

Mieux planifier le devenir patrimonial

Un regard plus critique sur la valeur patrimoniale du bâtiment et la difficile, mais nécessaire décision de l’aliéner auraient modifié l’appréhension de l’offre d’achat. Ainsi, le bien ne fut pas vendu au meilleur prix (écart 1,5 million de dollars). L’écart positif aurait pu être utilisé à des fins patrimoniales comme des études d’évaluation d’autres bâtiments ou à la diffusion de la valeur patrimoniale de monuments existants dans la localité. Lorsqu’une collectivité réapprend son histoire à travers ses objets et ses monuments, elle se redonne une fierté d’appartenance. Elle reprend la gouvernance de son bien collectif.

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