MISE À JOUR (15 septembre 2015) Cet article explique que le diocèse va louer l’église à la communauté catholique vietnamienne. Le bâtiment va ainsi conserver sa vocation religieuse.

Église Saint-Marc (Montréal) Photo : leséglisesdemonquartier.com

Enjeux du patrimoine

Le 6 novembre dernier, l’organisme Communautique de Montréal recevait une mention spéciale du jury lors de la remise des prix du patrimoine par le Conseil du patrimoine religieux. Cet honneur fut décerné pour la qualité de la démarche des auteurs visant à définir avec les citoyens un projet de transformation de l’église Saint-Marc à Montréal. Regard sur un processus original et remarquable pour la sauvegarde du patrimoine.

À l’origine du projet

À l’automne 2012, l’église Saint-Marc est sur le point d’être vendue. Toutefois, l’entreprise est suspendue afin de permettre à la localité et aux promoteurs intéressés de proposer des projets concrets pour la transformation du lieu. Des organismes déjà installés dans le bâtiment proposent l’activité Imaginons Saint-Marc dont l’objectif est de rassembler des gens autour d’une conversion de l’endroit. Une fois l’orientation convenue, l’équipe devra présenter le projet avec le montage financier au diocèse de Montréal sans que ce dernier s’engage à l’accepter.

L’église Saint-Marc

De style néoclassique et désuet pour son époque, l’église, construite en 1931, est située dans le quartier Rosemont-La Petite-Patrie. Elle se distingue par son orgue Casavant (1961) et ses vitraux (1964). Selon le Conseil du patrimoine religieux, sa valeur patrimoniale est moyenne.

Les lieux

Le site comprend trois bâtiments et un stationnement. Le sous-sol de l’église abrite une grande salle et quelques bureaux. Celui du presbytère sert à des activités locales tandis que le rez-de-chaussée héberge des bureaux et une cuisine communautaire; huit personnes résident au deuxième. Le sous-sol et le 3e étage de la sacristie sont utilisés pour des activités éducatives et publiques. Malgré le déclin de la pratique du culte, l’église et ses annexes demeurent au cœur de la paroisse et de la communauté.

Ventes hâtives d’églises

À Montréal, les conversions d’églises ne sont pas toujours heureuses et mènent parfois à des altérations irréversibles. Mgr Turcotte (1990-2012) préconise qu’il soit possible de préserver ces monuments en leur donnant une nouvelle mission. C’est dans cette optique qu’il faut situer le projet Imaginons Saint-Marc.

La démarche

Des échanges préliminaires démontrent que les citoyens aimeraient faire de l’église une sorte de ruelle intérieure ouverte le plus souvent possible et accessible à tous.

Pour concevoir cette idée, les organisateurs tiennent un processus de codesign citoyen afin de réfléchir et d’imaginer à quoi ce lieu pourrait ressembler et comment le réaliser. Pour se faire, ils organisent sur trois semaines des activités participatives incluant des ateliers, des analyses techniques et des entretiens. Parmi les sujets abordés figurent la préservation des éléments patrimoniaux, leur mise en valeur dans le cadre d’un projet citoyen et le financement. Un temps de recul a été aménagé entre chaque semaine de rencontres.

Les résultats

À la suite des discussions qui ont réuni plus de 500 personnes, l’ébauche d’un projet se concrétise : vaste espace public dans la nef; café-bistro et murs d’escalade dans le chœur. La friperie existante serait aménagée sur la grande place avec un espace pour le travail d’équipe et la création conjointe. Le presbytère serait converti en immeuble d’habitations pour personnes âgées ou vivant avec une déficience intellectuelle. Un grand espace vert, le reliant à l’église, serait préservé. On prévoit aussi un nouveau bâtiment sur le site. Enfin, un puits de lumière servirait à la création d’une serre agricole. Mise à part la conservation de l’orgue et des vitraux, il n’y a pas d’indication sur la préservation d’autres éléments identitaires et patrimoniaux tels que les clochers.

Les prochaines étapes sont d’acheter le site et de créer un organisme pour diriger le projet. Une fiducie pour centraliser la collecte de fonds est aussi envisagée.

Une attente interminable selon les responsables

À la fin de 2012, l’équipe fait une offre d’achat au Diocèse de Montréal. Cependant, en janvier 2014, elle est toujours sans nouvelle. Un changement à la direction de l’évêché, l’imposition d’un moratoire sur la vente des églises et des enjeux propres à l’Église catholique ralentissent le processus.

Par ailleurs, de nombreux projets de conversion ont nécessité des pourparlers sur plus de trois ans. Dans plusieurs cas, plus d’une décennie a été nécessaire entre l’idée et sa réalisation. Des décisions à l’évêché devront éventuellement être prises. Il faut être patient, car le grand mérite du projet est qu’il s’inscrit en continuité avec la mission sociale de l’Église, demeure au centre de la communauté et continue à l’accueillir.

Une démarche originale et unique

Le projet Imaginons Saint-Marc illustre bien la motivation d’une communauté qui souhaite conserver son église et se la réapproprier pour de nouveaux besoins. La démarche structurée selon les nombreux défis à venir et des besoins concrets sur le terrain est solide, motivante et enlevante. Il ne faudrait pas que les longs délais nécessaires, mais épuisants découragent la communauté de Saint-Marc.

Enfin, compte tenu des nombreuses églises qui deviennent disponibles, l’activité Imaginons Saint-Marc devrait être modélisée pour profiter à d’autres localités confrontées aux mêmes défis.

 

3 réponses à Imaginons Saint-Marc :

un patrimoine pour et par la communauté

  • Yves Bécotte dit :

    Qui a réalisé les vitraux de l’église St-Marc sur Beaubien

  • Diane Joly dit :

    Bonjour,
    L’intérêt de ce projet est qu’il est conçu par la communauté de proximité qui a décidé de sa future vocation et des moyens d’assurer sa viabilité. On peut en effet souhaiter que le maximum des éléments décoratifs intérieurs soit conservé.

    La mention spéciale dans le cadre des prix du patrimoine par le Conseil du patrimoine religieux semble un pas dans la bonne direction.

  • Eve dit :

    En tant qu’ancienne voisine de cette église, cela me fait un peu peur.
    Selon moi, on ne devrait pas ajouter de constructions nouvelles, mais conserver la verdure existante. De plus, je m’inquiète sur la conservation des boiseries, vitraux, colonnades…Conserver une église ce n’est pas que conserver sa coquille extérieure, c’est aussi intégrer son architecture et ses œuvres d’art intérieurs au projet. Créer un espace de création, c’est aussi conserver et mettre en valeur la représentation créatrice de ceux qui ont décoré ce bâtiment autrefois. L’intérieur est aussi du patrimoine.

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